L’affaire Benalla ne doit pas faire perdre de vue que c’est la politique que poursuit Macron que nous devons combattre, non sa personne et son image.

28 Août 2018 Publié dans #Actualités - Alternative politique

L’affaire Benalla a tenu en haleine les médias, les politiciens, les parlementaires pendant toute la deuxième quinzaine de juillet et même au-delà : beaucoup plus de bruit que pour les ordonnances Macron de casse du code du travail ou que pour la réforme ferroviaire, malgré la durée de la lutte de cheminots. Cette seule constatation fait déjà réfléchir.

Bien loin de nous l’idée de minimiser l’affaire. L’enquête doit aller jusqu’au bout. Mais il est maintenant clair qu’elle fera des choux maigres des vidéos peu reluisantes d’Alexandre Benalla, de l’examen au scalpel des passe-droits dont le proche collaborateur de Macron a bénéficié etc.

On est très loin du scandale d’Etat, qu’on le veuille ou non. Personne n’a d’ailleurs imaginé sérieusement que le Président tomberait à l’occasion. On est très loin des sinistres barbouzeries, souvent criminelles, qui ressortent de l’histoire des septennats des années 60 à 80 et déjà un peu des quinquennats suivants, couvertes ou suscitées par ces « grands » présidents que vénèrent les politiciens à la manœuvre aujourd’hui (Mélenchon se revendique de Mitterrand !)…

Depuis 10 ans au moins, on assiste bien à un renforcement, d’une part, de la politique de répression et d’intimidation du mouvement social, d’autre part, à une privatisation partielle des forces de sécurité. Mais le cas Benalla l’illustre de façon tout à fait marginale. Il n’est pas inconcevable qu’un président choisisse son garde du corps en chef parmi ses proches.

Surtout, rappelons-nous que c’est sous Valls qu’encore un pas a été franchi dans la répression d’Etat des manifestations et des luttes. Militants, nous l’avons subie et la subissons depuis les manifestations de 2016 contre la loi El-Khomri, entre gazage lacrymogène systématique et gratuit, encerclement musclé voire violent des manifestations, nouvelles formes de provocations policières etc.  Cette décision politique assumée est allée de pair avec la montée des provocations et violences des « black-blocks » lors de certaines manifestations. En même temps, certains militants sont  tentés par des formes de manifestation comprenant une part de violence ciblée et symbolique. Nous devons poursuivre la réflexion sur ces évolutions. La manifestation du 1er mai 2018, concurrente de la manifestation syndicale, en a été précisément une illustration. Les agissements filmés de Benalla l’ont suivie.

La lutte contre le terrorisme n’a été qu’un prétexte au tournant répressif de Valls-Hollande, utilisé lors du vote de l’état d’urgence en novembre 2015. Quelques communistes l’ont dénoncé dès le départ. Notre site « vivelepcf » avait rappelé les interventions des députés communistes dénonçant, déjà en 1955, le caractère répressif et antisocial de l’institution de l’état d’urgence, en France comme en Algérie. En revanche, André Chassaigne et Pierre Laurent, à l’Assemblée et au Sénat, s’étaient ralliés à « l’Union sacrée » sécuritaire.

Les voici cet été 2018 engagés dans une nouvelle union, à gauche, avec les députés PS et FI pour déposer une motion de censure contre le gouvernement sur le cas Benalla. Ils ont également, comme les députés FI, voté la motion de censure déposée par la droite sur le même épisode. Ces prises de position sont lourdes de signification sur la stratégie poursuivie par la direction du PCF et ses porte-paroles.  

Une motion de censure est acte politique institutionnel fort de condamnation sur le fond de toute la politique d’un gouvernement.  Il n’a de sens, pour nous communistes, que comme point d’appui aux luttes. Une motion de censure contre les ordonnances Macron, contre la loi anti-SNCF aurait été bienvenue, mais impensable avec ceux qui ont accompagné la Loi El-Khomri et la « réforme » ferroviaire de 2014.

Les motions de censure sur l’affaire Benalla rabaissent le débat politique sur des questions de personnes, de comportement, et évacuent la question de l’alternative. On est aussi loin des questions institutionnelles réelles. La motion de censure Faure-Chassaigne-Mélenchon est d’ailleurs quasiment identique à celle de la droite Jacob-Vauquiez. Ce n’était surtout pas une raison pour que les parlementaires PCF aggravent leur choix en votant cette dernière (ce que n’ont pas fait Faure et les parlementaires PS, mais ce qu’ont fait les « Insoumis » après s’être répandus, dans les couloirs de l’assemblée, en manœuvres politiciennes tout azimut, y compris avec les LR).

Entre 1990 et en 1992, le Parti avait décidé que ses députés, à défaut de pouvoir déposer à eux seuls une motion de censure, voteraient celles déposées par la droite contre les gouvernements Rocard puis Bérégovoy. Mais il s’est agi de deux questions essentielles, gravissimes, que nous combattions, en toute clarté, sur la base de positions strictement opposées à celle de la droite : l’établissement de la CSG puis la destructrice « Politique agricole commune ». Rien de comparable entre ces actes politiques courageux et le vote de circonstance d’août 2018!

Le personnage de Macron, et sa mise en scène, suscitent l’agacement, le rejet, parfois la haine, ce que nous comprenons et partageons spontanément. Mais comme parti communiste, nous devons diriger ces sentiments, quand ils traduisent une opposition de classe, vers l’organisation des luttes contre sa politique.  Ce n’est pas le rôle du PCF de participer à un jeu de de chamboule-tout virtuel qui n’aboutit qu’à renvoyer l’aspiration au changement vers une nouvelle farce électorale présidentielle en 2022. On est loin de la contestation réelle des institutions…

En 2007, un philosophe sortait un livre d’opportunité, dont le titre simple est resté dans les mémoires : « de quoi Sarkozy est-il le nom ? ». Comme Macron aujourd’hui, Sarkozy était diabolisé, avec une personnalité qui s’y prêtait et s’y complaisait. A quoi l’anti-sarkozysme a-t-il mené ? A l’avènement de Hollande, avec sabotage réformiste des luttes et grandes mobilisations  pour le service public de La Poste ou contre la casse de la retraite à 60 ans.

De quoi Macron est-il le nom ? Comme Sarkozy, comme Hollande, il est d’abord le nom, sur l’emballage, de la politique au service du capital, de l’UE.

Macron est aussi le nom d’une opération politicienne plus inédite. Elle a été organisée par le système en France, avant les élections de 2017 (déjà l’affaire, déjà médiatiquement disproportionnée, Pénélope Fillon). Avec Macron, le système a réussi à esquiver la crise du système de l’alternance gauche/droite dans le cadre d’une crise plus globale de la démocratie bourgeoise. Macron a été érigé en une 3ème force du système, appuyé par ceux qui pensent qu’ils n’ont pas intérêt au changement. L’opération a été validée par une petite majorité relative, face au repoussoir FN.

Avec Macron, le patronat a trouvé un moyen d’aggraver encore sa politique antisociale dans la stricte continuité Sarkozy et Hollande avec qui Macron avait collaboré. Le brouillage des repères politiques leur a permis de procéder, jusqu’à présent, avec une certaine facilité. Mais logiquement, sous Macron, la même politique suscite le même mécontentement, la même colère populaires. Des luttes sociales importantes s’élèvent.

Depuis juin 2017, c’est la course à l’échalote, derrière Macron, pour se positionner en premier opposant. Sans grand résultat. La médiatisation de l’affaire Benalla, à défaut de traduire un tournant, sonne l’heure des recompositions politiques concrètes et le début du retour de forces politiciennes d’alternance, à droite, comme à « gauche », avec 2022 dans le viseur, en passant par les élections européennes de 2019.

Une droite cherche à se droitiser sur les questions de société et de personnes – partageant entièrement la politique économique et sociale de Macron – éventuellement en recyclant tout ou partie de l’ex-FN (certains ne sont pas privés d’un jeu infâme sur les origines sociales de Benalla, « gars des cités »).

Une nouvelle gauche plurielle commence à se reconstituer, avec des composantes institutionnelles ou populistes, qui se retrouvent des affinités. Le souvenir de la gauche au pouvoir s’éloigne. La partie du PS qui a rejoint Macron redonne un semblant de virginité au reste.

Il n’est pas du tout dit que la 3ème force autour de Macron sorte perdante de la restauration des forces d’alternance. L’affaire Benalla, sauf rebondissements improbables, va s’essouffler sans l’avoir vraiment touchée. L’opinion s’y perd et s’ennuie dans les versions des uns et des autres protagonistes qui pourraient se neutraliser. Souvenons-nous aussi que Mélenchon avait – avant de se rétracter – traité de fascistes les manifestants du 1er mai que Banalla a affrontés…

Cibler à outrance le personnage de Macron laisse sa politique globalement indemne. Les affiches du PCF qui habillent le Président en Louis XIV confèreraient presque de l’autorité à Macron. Le boycott par Mélenchon de son discours de politique générale à Versailles le 9 juillet « le roi-président » a épargné au leader insoumis une contradiction sur le fond.

Car Macron a montré, dans son discours-programme de Versailles, non seulement qu’il était capable de se montrer moins arrogant, quand il le fallait, mais surtout que le pouvoir assume dans sa cohérence tout le programme de contre-réformes structurelles revendiquées par le patronat, l’UE et le capital. 

Pour Macron, la défaite de la lutte des cheminots est consommée. Nous considérons qu’elle se poursuit sous une autre forme et peut encore s’étendre à d’autres services publics, à condition d’analyser les échecs et de mettre enfin au centre la défense et la reconquête des monopoles publics face à la politique de concurrence de l’UE. Dans la suite de ses ordonnances contre le droit du travail, Macron veut abattre tous les statuts du travail, dont, en premier maintenant, celui de la fonction publique. Dans le même mouvement, il déclare la guerre à l’assurance chômage. La hausse de la CSG en un élément en se substituant à des cotisations chômage. Avec le passage au prélèvement à la source, elle annonce aussi un nouveau démantèlement du financement solidaire de la sécurité sociale par la cotisation. En concordance, Macron poursuit un plan ordonné de transfert au privé des prestations de l’Assurance maladie, de la prise en charge de la dépendance (EHPAD), une nouvelle remise en cause du système de retraite. Au centre de son discours, Macron fait une priorité de la rénovation du cadre capitaliste européen pour lui rendre son efficacité contre les acquis sociaux et démocratiques nationaux.  Il veut encore augmenter les dépenses militaires et affirmer la vocation de gendarme auxiliaire du monde de l’impérialisme français.

A peine quelques jours après cette véritable déclaration de guerre au monde du travail et au peuple, l’attention, l’engouement,  l’initiative des cadres de la vie politique sont totalement captés par l’affaire Benalla et les perspectives politiciennes qu’elle ouvre.

Loin de faire la part des choses dans cette affaire, les porte-parole du PCF se sont également engouffrés dans l’opportunité de recherche de coalitions et recompositions politiques dans les institutions. La personnification du pouvoir, l’anti-macronisme à outrance, permettent de s’afficher et de s’intégrer dans un cartel d’opposants, sans faire les délicats sur leurs positions réformistes, leur pratique et leur perspective d’accompagnement du système. La stratégie qui a quasiment éliminé notre parti comme force indépendante (1,23% des inscrits en juin 2017), et le prive de son rôle dans la lutte des classes, est plus que jamais à l’ordre du jour des groupes dirigeants avant le 38ème congrès du PCF.

Communistes, notre place, celle de notre Parti, est dans les luttes, dans l’organisation de la riposte, sur des positions de rupture, des positions de classe, à tous les aspects de la politique du pouvoir, dans le rassemblement que nous devons privilégier, celui qui part des luttes.

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