A l’URGENCE de la crise l’hôpital public, pourquoi la ministre Buzyn s’efforce de répondre à côté

11 Septembre 2019 Publié dans #Santé - hôpital - assurance maladie

A l’URGENCE de la crise l’hôpital public, pourquoi la ministre Buzyn s’efforce de répondre à côté

PCF Paris 15, 12 septembre 2019 

Dans les centaines de services hospitaliers en grève, les agents des urgences décrivent une situation extrême : ils sont à bout. Mme Buzyn veut charger les infirmiers de nouvelles prérogatives médicales et les aides-soignants de tâches infirmières, sans quasiment créer d’emplois. Généreusement, elle les encourage à faire davantage encore… d’heures supplémentaires !

Les personnels, leurs syndicats et même tous les « experts » soulignent que la crise des urgences correspond à une crise globale de l’hôpital et de la santé publics. L’engorgement des urgences résulte du manque et des fermetures de services et de lits d’urgences. Il est dû aussi à l’affaiblissement de l’offre publique (et libérale) de soins en amont – généralistes, centres de santé - et en aval – autres services hospitaliers, soins de suite etc. Mme Buzyn ne trouve rien de mieux que d’annoncer prélever 750 millions d’euros – en 3 ans – sur les autres services hospitaliers par « redéploiement ».

La provocation atteint le cynisme lorsque la ministre affiche l’objectif de diriger des patients âgés vers les structures de gériatrie, celles justement que sa politique est en train de liquider par milliers de lits ! C’est le cas notamment à l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris qui entreprend de sabrer la moitié de ces structures. Derrière les annonces de Buzyn, se profile le développement d’une filière privée EHPAD/gériatrie aux dépens de l’hôpital public.

Dans sa volonté de division des personnels et d’isolement catégoriel des urgentistes, le gouvernement a « lâché » 100 euros par mois, ce qui est parfaitement légitime, insuffisant mais non négligeable. Mais ce n’est qu’une prime et non du salaire. Et surtout, elle ne vaut que pour les urgences et non pour l’ensemble des agents hospitaliers confrontés, plus ou moins, à la même dégradation des conditions de travail. La mise en avant systématique par les médias des « collectifs » catégoriels, par rapport aux syndicats qui défendent une vision globale de la défense de l’hôpital, rentre dans les calculs du pouvoir.

Le comble est que Mme Buzyn espère profiter du mouvement des urgences pour appauvrir l’hôpital public. Elle annonce une modification de la « tarification » des prises en charge, c’est-à-dire des financements publics par patient. Sa loi « santé » du printemps, Buzyn a déjà prévu de chambouler les tarifications via des ordonnances antidémocratiques (hors du débat parlementaire). Il est clair que l’objectif va être de dépouiller l’hôpital public, en le remboursant moins, et en dirigeant vers les urgences privées les patients dont les soins sont les plus légers. Les patrons de cliniques sont les seuls à féliciter Buzyn (Fédération de l’hospitalisation privée).

Il y a tout à redouter de l’établissement, annoncé par Mme Buzyn d’un « Service d’accès aux soins » unifié et centralisé. Il sera pensé pour diriger les patients rentables vers le privé. Soyons plus des plus vigilants devant ce projet.

Par la force des choses, la « grève » des urgences n’en est pas vraiment une puisque les personnels sont assignés et ne quittent pas leur poste. Mais son écho est considérable pour dénoncer l’attaque globale contre l’hôpital et le système de santé public. Dans nombre de villes et de campagnes, les mobilisations contre les fermetures de lits de services, de maternités, d’hôpitaux de proximité etc. font se rejoindre naturellement, dans la lutte, les professionnels de santé, les patients, familles et populations. Tout l’enjeu de la lutte actuelle est qu’elle finisse de se transformer en riposte globale contre la casse de l’hôpital public.

Que la ministre ne vienne pas nous parler « d’optimiser l’organisation » des services ! Depuis 30 ans que sa politique organise la pénurie de moyens pour le service public, on est arrivé pratiquement au bout – à quelques exceptions – des « restructurations » avec comme résultats l’épuisement des personnels et la suppression de centaines de structures de santé.

Leur politique n’est guidée que par un objectif : le profit capitaliste. La conquête sociale majeure que représentent l’assurance maladie, l’ensemble de la sécurité sociale et l’hôpital public est l’ennemi des gouvernements au service de l’argent. Leur obsession, c’est de rogner sur les cotisations sociales patronales pour les reverser vers les profits aux dépens du système de santé. Leur obsession, c’est de diriger l’argent de l’assurance maladie vers les structures privées capitalistes, cliniques privées, multinationales de santé ou du médicament. Mme Buzyn est la servante de ces intérêts financiers.

La résistance, le rapport de force créé dans notre pays, ouvrent une perspective de résistance efficace, dont le mouvement des urgences doit être une rampe de lancement.

Communistes, nous mobilisons sur ces revendications :

  • Suspension immédiate de tous les plans de fermetures d’hôpitaux, de services et de centre de santé.
  • Déblocage immédiat de 5 milliards d’euros à mettre à disposition d’une politique d’embauche, de réouverture de lits, en premier aux urgences. Cette somme représente 8% du budget des hôpitaux publics et, seulement 5 ans, de compensation de leur sousfinancement par rapport aux besoins et à leur fréquentation. M. Macron aura augmenté en 2020 les dépenses de guerre annuelles de la France de 7,4 milliards d’euros. De l’argent, il y en a !
  • La fin des exonérations de cotisations sociales maladies et du CICE, près de 90 milliards d’euros par an, donnés au profit capitaliste, au nom de « l’emploi à bas prix ».

Nous appelons à faire preuve de la plus grande attention devant le contenu des ordonnances prévues par la loi Buzyn du printemps et à mobiliser, une à une, pour les dénoncer dès leur parution.

Le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2020 doit, au-delà des protestations de principe électoralistes de tels élus, hier au pouvoir, aujourd’hui dans l’opposition, servir de point de convergence pour les luttes pour l’hôpital et le système de santé publics.

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