Attaque frontale de Sarkozy contre la laïcité républicaine : ne laissons pas passer !

7 Janvier 2008 , Rédigé par PCF - Section Paris 15ème Publié dans #Education nationale

L’école laïque à nouveau gravement menacée !
« dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en rapproche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance »                                   Nicolas Sarkozy

A l’occasion de sa visite au pape, Nicolas Sarkozy a tenu un discours sur la religion au Palais de Latran à Rome le 20 décembre. Comme l’ont relevé trop peu d’observateurs, ce discours représente une remise en cause de la laïcité républicaine sans précédent et inacceptable dans la bouche d’un président, élu pour la défendre, quelle que soit sa conviction personnelle.

 

Sarkozy a exalté, sans retenue, la religion comme morale et même comme idéologie. Il a outrageusement subordonné la République et la laïcité à la religion. Extraits : « …la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini ». Ou encore « un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent ».

 

Affublée du qualificatif de « positive », la laïcité selon Sarkozy n’a plus rien à voir avec la laïcité républicaine. Tout en se défendant de « modifier les grands équilibres de la loi de 1905 », le discours de Sarkozy prépare le terrain au soutien, sous de multiples formes, de l’Etat à l’Eglise et à une intrusion de l’Eglise dans la vie publique. « Il s’agit d’avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels » a-t-il dit. Plus loin : « partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, dans les universités, je vous soutiendrai ». Tout le contraire de la laïcité républicaine qui garantit la liberté des cultes mais renvoie la religion à la sphère privée.

 

Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, avait été encore plus explicite dans un livre publié en 2004 dans lequel il revendiquait des financements publics directs aux églises y compris les sectes évangélistes d’origine américaine. Cette préoccupation constante est hautement politique et a bien peu à voir avec la foi. Le modèle que suit Sarkozy, celui des régimes capitalistes « néolibéraux » promu par les Etats-Unis, suivis par l’UE, a besoin des religions (instrumentalisée) comme auxiliaires de sa politique. La propagation du communautarisme, notamment religieux, cherche à casser la cohésion nationale et à diviser les travailleurs. La religion doit jouer le rôle d’opium du peuple.

Sarkozy s’attaque au pouvoir d’achat des travailleurs pour donner aux plus riches. Mais il leur explique que ce ne sont que des biens terrestres, des « facilités matérielles » dérisoires devant « l’aspiration profonde des femmes et des hommes à une dimension qui les dépasse ».

 

La laïcité républicaine française est un obstacle politique historique au capitalisme « ultra-libéral » que Sarkozy s’efforce d’abattre. L’école publique, laïque et républicaine, en est l’un des éléments fondamentaux. Sarkozy ne manque pas de s’y attaquer. Restrictions budgétaires, suppressions de dizaines de milliers de postes, réduction des horaires d’enseignement… constituent un premier angle. Son discours de Latran en indique un autre : la dévalorisation de la raison d’être de l’école laïque : « dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en rapproche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ».

 

Mesurons la gravité de la menace pour l’un des fondements essentiels de notre société, de sa cohésion, de la démocratie fondée sur l’apprentissage de l’esprit critique et de la tolérance, la liberté de conscience et de la liberté de pensée. C’est une menace pour tous les citoyens qu’ils soient non-croyants ou croyants.

 

La bataille pour défendre la laïcité en général, l’école publique en particulier, ne peut se réduire à des débats de théoriciens ou de spécialistes. Tout le pays est concerné. Le 16 janvier 1994, plus d’un million de citoyens manifestaient à Paris contre l’abrogation de la loi Falloux, en vue de détourner encore davantage d’argent public vers les écoles privées confessionnelles. Le PCF y avait appelé avec beaucoup d’autres organisations. Militants communistes, nous appelons, face à une attaque encore plus grave, à réagir de nouveau massivement. Ce sera pour nous une composante de notre expression lors de la manifestation des enseignants avec les autres agents de la fonction publique le 24 janvier.

 

-  Exigeons les moyens nécessaires à l’accomplissement de ses missions par l’école publique, laïque et républicaine!

-       Défendons l’intégrité et les acquis de la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat !

-  Ne laissons pas passer l’agression de l’idéologie cléricale et communautariste ! 

 

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Régis Debray 31/01/2008 16:57

Malaise dans la civilisationpar Régis Debray"L'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance." Qu'en auraient pensé, devant le peloton d'exécution, Jean Cavaillès, Marc Bloch, Jean Prévost, Léo Lagrange ? Ils avaient assez de foi en eux pour hausser les épaules. Mais du temps où il y avait une gauche en France, cette injure - dans la bouche d'un président de la République - eût mis un million de citoyens sur le pavé. Une "politique de civilisation" ? Certes, mais laquelle ? Chacune se définit par sa façon de souder ou de distinguer le temporel et le spirituel. Des Eglises libres de l'Etat, dans une nation élue, comme aux Etats-Unis, ce n'est pas un islam inféodé à l'Etat, comme en Turquie, ni un Etat libre des Eglises, comme en France, fille de sainte Geneviève et de Diderot. Après d'heureux aperçus sur le considérable apport du christianisme, le discours du Latran a dérivé vers une falsification de notre état civil. Et la prière psalmodiée dans la capitale du fanatisme, Riyad, louant Dieu comme "le rempart contre l'orgueil démesuré et la folie des hommes", oublie que le Dieu unique a été autant cela que son contraire.C'est entendu : si aucune civilisation ne peut vivre sans valeur suprême, le temps est passé des messianismes de substitution qui demandaient à un accomplissement politique de pallier mort et finitude. Une république laïque n'a pas à promouvoir une quelconque Vérité, révélée ou "scientifique". Mais que notre chose publique, par une chanceuse exception, se soit affranchie, en 1905, des religions établies ne la réduit pas à une courte gestion de l'économie, notre intouchable état de nature. Enraciné dans l'instruction publique, le projet républicain d'émancipation a sa noblesse. Il y a un code des libertés publiques, mais la Fraternité n'est pas réglementaire. C'est une fin en soi, qu'on peut dire transcendante, sur laquelle peuvent se régler pensées et actions.Tout citoyen à la recherche de ce qui le dépasse se verrait enjoint de regarder l'au-delà ? Cela revient à délester la République de toute valeur ordonnatrice. Il y a loin de l'enseignement laïque du fait religieux, que j'avais recommandé, que l'Assemblée nationale a approuvé, à ce détournement dévot du fait laïque. Notre propos n'était pas d'humilier l'instit pour vanter l'iman ou le pasteur. Mais d'étendre les Lumières jusqu'au "continent noir" des religions, non de les abaisser. Encore moins de les éteindre. "La mystique républicaine, disait Péguy, c'était quand on mourait pour la République. La politique républicaine, c'est quand on en vit." Cette dernière ne sera pas quitte envers la première avec une gerbe de fleurs le 14-Juillet ou une belle envolée quinquennale. Faut-il, parce que les lendemains ne chantent plus, remettre aux détenteurs d'une Vérité unique le monopole du sens et de la dignité ? Entre la high-life et la vie consacrée, il y a le civisme. Entre le top model et Soeur Emmanuelle, il y a l'infirmière, l'institutrice, la chercheuse. Entre l'utopie fracassée et le Jugement dernier, il y a ce que l'on se doit à soi-même, à sa patrie, à autrui, à l'éthique de connaissance, au démon artistique. Ces transcendances-là, qui se conjuguent au présent, sans dogme ni magistère, ne sont pas les seules, mais elles ont inspiré Marie Curie, Clemenceau, Jean Moulin, Braque, Jacques Monod et de Gaulle (dont la lumière intérieure n'était pas la religion, mais l'histoire). Etaient-ce des professeurs de nihilisme ? Dans le rôle du mentor et du liant entre factions, la franc-maçonnerie des rich and famous semble avoir remplacé celle des loges radicales d'antan, moins flashy mais plus éclairante. Faut-il, parce que le Grand Occident succède au Grand Orient, réduire le gouvernement à une administration, la scène nationale à un music-hall et la foi religieuse au statut de pourvoyeuse d'espérance aux désespérés ? Après l'opium des misérables, l'alibi des richards ? Les vrais croyants méritent mieux.Au forum, la frime, à l'autel, l'authentique ? Dieu pour les âmes, l'argent pour les corps, ceci compensant cela. C'est l'idéal du possédant. Ce cynique équilibre entre indécence matérialiste au temporel et déférence cléricale au spirituel soulagerait nos élus de leurs obligations d'instruire et d'élever l'esprit public en payant d'exemple. Ce grand écart est possible dans un pays-église, formé au moule biblique, où neuf citoyens sur dix croient en l'Etre suprême et où l'Evangile peut faire contrepoids au big money. La France, où un citoyen sur dix reconnaît l'Inconnaissable, n'est pas la "One Nation under God". Les civilisations ne se délocalisent pas comme des stock-options ou des serials télévisés - anglicismes désormais de rigueur. Fin des Chênes qu'on abat, à La Boisserie, face à la forêt mérovingienne. "S'il faut regarder mourir l'Europe, regardons : ça n'arrive pas tous les matins. - Alors, la civilisation atlantique arrivera..." Encore une prophétie gaullienne confirmée ? Le divin atlantisme désormais à l'honneur donne congé à une tradition républicaine biséculaire au nom d'une tradition théodémocratique inexportable.L'actuel chef de l'Etat s'est donné dix ans pour rattraper le retard de la France sur la "modernité", nom de code des Etats-Unis, passés maîtres des arts, des armes et des lois. Et voilà que, sur un enjeu crucial où nous avions de l'avance sur la Terre promise des people, un born-again à la française nous mettrait soudain en marche arrière ? Bientôt la main sur le coeur en écoutant La Marseillaise ? Les lapins, faute de mieux, feront de la résistance.Régis DebrayLE MONDE, 24.01.08