Pourquoi il faut faire de Goodyear une lutte nationale.

8 Août 2008 , Rédigé par PCF - Section Paris 15ème Publié dans #Défense de l'industrie

Pourquoi il faut faire de Goodyear une lutte nationale.

Le cas des usines Goodyear d’Amiens est exemplaire, dans tous les sens du terme.

D’un côté, le patronat industriel expérimente toutes les méthodes, pressions, chantage, illégalité pour imposer des formes d’exploitation invivables, supprimer des emplois et à court terme des activités en France.

De l’autre, les salariés avec leurs syndicats, en tout premier lieu, le syndicat CGT de l’usine d’Amiens-nord, résistent avec courage et détermination à l’agression patronale et construisent le rapport de force à partir des luttes, en déployant actions et propositions, pour défendre l’emploi et l’industrie.

Depuis 2007, la direction de Goodyear a en tête un plan de restructuration pour ses usines d’Amiens (2500 salariés sur deux sites). Elle conditionne de futurs investissements à Amiens et le maintien de 80% des emplois (avec tout de même 450 à 500 suppressions de postes en trois ans) à l’adoption d’une nouvelle organisation du temps de travail pour les travailleurs postés : les 4/8. Les ouvriers travailleraient en quatre équipes, 7 jours sur 7, avec une rotation : 2 jours de suite en équipe du matin, 2 en équipe d’après-midi, 2 en équipe de nuit puis 2 de repos.

Cette organisation du travail serait dévastatrice aussi bien pour la vie de famille (plus de 30 week-ends sautent) que pour la santé des salariés. Elle est d’ailleurs, pour l’instant, non conforme avec la convention collective du caoutchouc, donc illégale.

La CGT a fait la démonstration qu’une organisation en 5/8 serait plus efficace tout en maintenant les effectifs et en préservant la santé des salariés.

Mais la direction n’en a cure.

Il apparaît de plus en plus nettement qu’elle cherche des prétextes pour détruire une partie des activités, se concentrer sur des productions de pneumatiques spéciaux plus rentables et délocaliser le reste. D’ailleurs les suppressions d’emploi ont déjà donné lieu à des provisions financières depuis 2006.

La multinationale avance masquée. Elle tente de culpabiliser les salariés et leurs syndicats et ne veut pas assumer le coût médiatique et aussi économique de ses choix de casse.

Tous les moyens sont bons pour faire pression sur les salariés pour qu’ils acceptent d’eux-mêmes de sacrifier leur santé et une partie de leur vie, sans aucune assurance sur le devenir de l’entreprise. Promesses de primes et récompenses d’un côté, menaces de l’autre, en particulier de licencier, dès septembre 2008, 402 des 1450 salariés d’Amiens-Nord. Car, à Amiens-nord, avec la CGT, les salariés ne se laissent pas du tout faire. Ils ont déjoué le vote bidouillé organisé par l’entreprise qui a essayé d’opposer les salariés de jour, non concernés par les 4/8, contre les salariés postés. 64% de l’ensemble des salariés (72% des ouvriers postés) ont refusé le chantage de la direction.

Devant son échec, pour faire passer un « accord » d’entreprise, la direction a obtenu la signature de deux syndicats inconsistants dans l’usine, la CFTC et de la CGC.

La CGT, majoritaire, a courageusement fait valoir son droit d’opposition en juillet.

Depuis le patron s’acharne et redouble de menaces. Ce ne sont plus 400 mais 1000 emplois qui seraient supprimés « dans quelques mois » dans l’usine d’Amiens-Nord, les premières lettres de licenciement devant partir dès l’été.

Il se répand dans toute la presse pour accuser la CGT d’être responsable des licenciements, à quoi elle répond que c’est lui qui enverra les lettres.

La direction a également assigné 5 élus CGT pour blocage de l’usine, alors que c’est elle-même qui a instauré un lock-out illégal pendant cinq jours. La supercherie était tellement grosse que les tribunaux l’ont déboutée.

Derrière tout cela, n’oublions pas le contexte et l’inquiétude de centaines de familles. Le haut niveau de la lutte ménée par les militants syndicaux a donné des points de repère solides et démonté les manœuvres vicieuses du patronat. La conduite du mouvement, esquivant les provocations, associant actions de luttes, réflexions et propositions collectives est vraiment remarquable.

Le cas de Goodyear est d’autant plus important qu’il constitue un précédent, après quelques autres (Bosch, Continental, …) de chantage à l’emploi pour dégrader les conditions de travail, en particulier l’organisation du temps de travail. Cette situation risque de se généraliser après l’adoption, cet été même, de la loi sur le temps de travail et la « représentativité » syndicale qui donne la primauté aux accords d’entreprise (là où le patronat est le plus en position de force) sur les accords de branche.

Autant de raisons pour faire connaître et relayer la lutte des salariés de Goodyear. Pour l’instant, les licenciements sont bloqués pour cause de non respect des règles de consultation du CHSCT…

La fédération CGT de la chimie organise une manifestation nationale à Amiens le 16 septembre. Tout le secteur du caoutchouc en France est directement concerné par le même type d’attaques. Tout le bassin d’emplois d’Amiens est concerné par les menaces sur Goodyear. Le cas est emblématique de l’avenir que le patronat industriel, tout métier confondu, réserve au potentiel de production français. Le patron de Renault vient d’annoncer des profits records en même temps que 6000 suppressions d’emplois. Goodyear affiche des profits de 150 millions de dollars sur les trois premiers mois de l’année.

Les communistes d’Amiens ont manifesté leur soutien aux Goodyear. Pour les communistes, la défense de l’industrie en France et celle du droit du travail sont des enjeux politiques majeurs. Il est possible d’élargir considérablement le rapport de force.

Les institutions politiques, de la commune à l’Etat, doivent être placées devant leurs responsabilités et leurs contradictions. Goodyear doit devenir une lutte nationale.

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Eric C 12/08/2008 13:24

C'est bien, il faut détruire l'outil de production éliminer les patrons et après ? que deviendrez-vous ???Goodyear est l'exemple même d'une lutte préhistorique.