Journée nationale de la déportation (allocution d'Emile Torner, ancien déporté à Buchenwald, président de l'ADIRP de Paris)

30 Avril 2006 , Rédigé par PCF - Section Paris 15ème Publié dans #Histoire - Notre mémoire

Journée nationale de la déportation dimanche 30 avril 2006 Commémoration devant le monument aux morts du 15ème arrondissement. Allocution de M. Emile Torner, ancien déporté résistant à Buchenwald et Langenstein, président de l’ADIRP de Paris, réprésentant de la FNDIRP au comité d’entente du 15ème.

  Nous commémorons aujourd’hui le 61ème anniversaire de la libération des camps d’extermination et de concentration. Comme chaque année, le dernier dimanche d’avril, nous tenons à rendre un hommage solennel aux victimes du plus grand crime jamais perpétré contre l’Humanité.

 Jusqu’aux derniers jours de la guerre, les nazis n’ont cessé de convoyer des cargaisons humaines vers leurs destinations fatales et ce sont plus de 160000 personnes qui ont été déportées de France dont 76000 au titre de critères « raciaux » de l’occupant. 2500 seulement en sont revenues. Plus de 80000 autres ont été déportées comme résistants ou autres motifs dont un peu moins de la moitié sont revenus libérés à temps par les armées alliées, de la mort certaine que leur promettait le régime d’esclavage, de torture, de froid, de faim, le régime d’extermination par le travail qu’ils ont enduré au profit de l’effort de guerre nazi et de l’industrie allemande.

 Le 27 janvier 1945, les troupes soviétiques s’emparent du camp d’extermination d’Auschwitz- Birkenau et découvrent avec effroi l’enfer organisé des camps de concentration. Le 11 avril 1945, les déportés du camp de Buchenwald, dont la brigade française libératrice, se libéraient eux-mêmes avant l’arrivée des troupes américaines. Il faudra attendre jusqu’au 8 mai 1945 pour que l’ensemble des camps soit libéré.

Le 15ème arrondissement a payé son tribut à la barbarie nazie, les plaques sur nos murs en témoignent, nos rues portent les noms de nombreux martyrs de la liberté. C’est aussi dans notre arrondissement au Vélodrome d’hiver que furent parqués les 16 et 17 juillet 1942 13000 juifs, dont 4000 enfants, assassinés dans les chambres à gaz de Birkenau. Les images de l’horreur côtoyée durant des mois hantent toujours nos souvenirs.

 Pour nous autres, rares rescapés encore vivants, jamais la nécessité de rester fidèles aux serments prononcés sur les places d’appel des camps et de témoigner ne nous a paru aussi impérieuse. Nous jurions alors de « suivre le chemin de la participation à la grande œuvre de l’édification d’un monde nouveau, libre et juste pour tous… en souvenir de nos millions de frères assassinés par le fascisme nazi et de ne jamais quitter ce chemin… »

Dès 1943, le Conseil National de la Résistance, (fondé dans la clandestinité par Jean Moulin, à l’initiative du général de Gaulle), partant de l’analyse de la montée du fascisme et du nazisme a fortement inspiré la reconstruction du pays à la libération. Ce programme visait à restaurer une république sociale, centrée autour du progrès et de l’intérêt général. De nombreux acquis sociaux majeurs remontent à cette époque : Je citerai deux grandes avancées de la libération : la mise en place de la sécurité sociale (voici 60 ans s’ouvrait dans le 15ème, le premier centre de sécurité sociale) et la nationalisation de l’électricité. Cet héritage si important sans cesse remis en cause ne doit pas être abandonné. Souvenons-nous que c’est en partant des préoccupations sociales, de la détresse et de la désespérance, du chômage de masse que le nazisme a obtenu le soutien populaire dans l’Allemagne des années 30.

Nous nous sommes battus, beaucoup de nos camarades sont morts pour la restauration de l’indépendance de notre pays et de la souveraineté de son peuple, pour un monde de fraternité, pour la coopération sincère entre tous les peuples. Mobilisés depuis 1945 contre toutes les guerres de domination, nous refusons l’injustice sociale et l’écrasement des plus faibles qui firent le lit du fascisme.

Le 8 mai nous commémorerons la capitulation sans condition des armées nazies. Cette journée ne marque pas seulement la fin du plus monstrueux conflit armé de l’histoire de l’humanité. Le 8 mai est la victoire de tous les hommes, de tous les peuples, y compris du peuple allemand, épris de liberté, de justice et de paix et rappelle les années sombres perpétrées par le fascisme. Au-delà de ce qu’il symbolise, au-delà du souvenir, le 8 mai sera chaque année un moment intense de notre combat pour la vigilance sans laquelle il n’y a pas de paix durable.

Le 8 mai 1945 n’a pas éradiqué l’idéologie nazie. Celle-ci réapparaît dangereusement sous ses formes les plus extrêmes : racisme, xénophobie… La montée des communautarismes ne risque-t-elle pas d’offrir de nouveaux boucs émissaires comme l’ont été les juifs pour les nazis.

Les jeunes doivent être plus que jamais l’objet de toute notre attention. A nous d’agir comme nous l’avons toujours fait pour leur donner tous les moyens de constituer cette relève pour transmettre notre mémoire et asseoir définitivement la vérité historique de ce que nous avons connu, entre autre contre les entreprises toujours renouvelées des révisionnistes et négationnistes.

Les média pourraient également nous être d’un apport considérable mais hélas, en dehors des grands anniversaires, nous sommes bien souvent ignorés. Il nous faut donc poursuivre nos efforts.

Ce combat n’est pas que le nôtre mais celui de la Nation tout entière.

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