Hommage aux 5 jeunes martyrs du lycée Buffon

9 Février 2009 , Rédigé par PCF - Section Paris 15ème Publié dans #Histoire - Notre mémoire

Il y a 65 ans, le 8 février 1943, l’occupant nazi assassinait cinq jeunes résistants, élèves au lycée Buffon, boulevard Pasteur dans le 15ème arrondissement.

Nous reproduisons l’hommage que leur rendait, 20 ans après, dans les colonnes des « Nouvelles du 15ème », alors hebdomadaire du PCF 15ème, Alcide Morel, membre fondateur de l’Unité combattante « Valmy », membre du Comité local de Libération du 15ème et président du comité du 15ème de l’ANACR.

En fin d’article, vous trouverez aussi les dernières lettres des cinq jeunes fusillés à leurs parents qu’il faut lire, non pas pour s’émouvoir, mais comme « testament de la plus pure résistance ».

  

 

Extrait des Nouvelles du 15ème du 17 Février 1963
 

Aujourd’hui devant le Lycée Buffon

Nous irons nous recueillir en hommage aux 5 jeunes martyrs

 

La longue liste des élèves et professeurs de Buffon, qui, de 1940 à 1944, tombèrent sous les balles nazies ou disparurent dans les camps de la mort est le témoignage authentique et douloureux du rôle éminemment patriotique du Lycée du Boulevard Pasteur qui, dès les premiers jours de l’occupation, sous l’impulsion de son professeur d’histoire Raymond Burgard, devint l’un des premiers centres actifs de la résistance estudiantine et universitaire.


Début octobre 1941, à travers les salles du Lycée, les portraits de Pétain sont lacérés ; dans les couloirs et les cours, tracts et mots d’ordre anti-collaboration circulent sous le manteau ; sur les murs sont collés des papillons dénonçant la trahison de Vichy.


Le 11 novembre, 22ème anniversaire de la défaite allemande, ceux qui formeront le « groupe des Cinq étudiants du Lycée Buffon » entraînant plusieurs milliers de leurs camarades des écoles et du quartier latin aux Champs Elysées et à l’Etoile : première manifestation au grand jour d’une Résistance qui va se heurter à la sauvage intervention de la soldatesque hitlérienne ; il y eut de nombreux blessés ; des quantités d’arrestations furent opérées dont celle d’un des fils du professeur Burgard.


En janvier 1941, le numéro 1 du journal clandestin « Valmy » (composé avec une imprimerie rudimentaire et dont j’étais l’un des rédacteurs) diffusé dans le Lycée stimule l’ardeur des jeunes . Le dimanche 11 mai, jour de la Fête de Jeanne d’Arc, leurs groupes nombreux se joignent à la manifestation de masse, dont Burgard et moi-même prenons le commandement, à la statue des Pyramides, devant le siège du PPF où ont lieu les accrochages et au quartier général de la Wehrmacht rue de Rivoli… La répression s’abat aussitôt sur la capitale… Mais le coup de feu de Fabien ne tardera pas à éclater à Barbès ; le « Front National » se crée ; le C.N.R. prend corps.

 

Un seul ennemi : l’envahisseur

 

Dans toute la France envahie et asservie, les jeunes réfractaires sans distinction – des scouts catholiques ou protestants aux Jeunesses Communistes (qui manifestèrent rue du Commerce en juin 1941 ; ce qui me valut une enquête de la police) commencent à se chercher, se rattachent à des réseaux, forment des maquis ; pour eux « un seul ennemi, l’Envahisseur ».


Pendant ce temps à Londres, où se nourrissent déjà les « inconditionnels », le souci primordial de l’Etat-major civil et militaire gaulliste (j’en parle en connaissance de cause) c’est la discrimination sociale et l’ostracisme politique. L’axe Paris-Bonn-Madrid est latent.

Le numéro de « Valmy » du 14 juillet 1941 (imprimé convenablement et largement répandu)  « à la gloire de la Révolution Française » souleva l’enthousiasme des Lycéens et durcit leurs positions.


Le 1er avril au soir et à mon journal rue Gramme, Burgard et moi rédigeons un projet d’Appel aux Forces Civiques. Le 2 au matin, Burgard est arrêté dans son appartement rue Pérignon.


Le 16, les lycéens et lycéennes de tout Paris envahissent le Lycée Buffon au chant de la Marseillaise, aux cris de « Libérez Burgard ». Et ils annoncent la formation du « Front National des Etudiants ».


Dès lors, Buffon sera le point de mire de la surveillance et des coups de la police allemande et de la milice aux aguets boulevard Pasteur et rue de Staël… Dès lors aussi, ensemble ou séparément, les jeunes intensifieront et élargiront leur action : attaques armées quai de Tokyo et quai Malaquais, coups de main rue de Vaugirard et rue de Bucci, sabotage des voies ferrées et d’aérodromes en Seine et Marne, destruction des pylônes du poste émetteur de Saint-Adresse par des F.T.P.F du « Groupe Valmy ».


Il a suffi d’un vil « collaborateur », soi-disant réfugié d’Europe Centrale, pour que ces gosses héroïques tombent entre les mains des brigades spéciales de la Gestapo. Arthus (17 ans), Baudry (19 ans), Grelot (18 ans), Legros (18 ans), furent arrêtés les 3 et 4 juin 1942, Benoît (17 ans le 22 août). On les incarcéra à la prison de Fresnes d’où Baudry et Legros tentèrent en vain de s’évader.


Le 15 octobre 1942, un jugement sommaire du tribunal de la Luftwaffe les condamna à la peine de mort.


Le 8 février 1943, à 11 heures, tandis que le canon de Stalingrad forgeait le destin du Monde, ils firent face courageusement au fusilleurs du sinistre Champ de Tir de la Porte de Sèvres. Les suprêmes adieux qu’ils écrivirent à leurs parents nous sont restés comme le plus beau et le plus haut testament de la plus pure résistance.


Comme s’il avait honte de son crime, le bourreau à croix gammée fit transporter secrètement les dépouilles dans un recoin du cimetière d’Ivry.


Aujourd’hui, leurs cendres ont été tranférées dans la crypte de la Sorbonne à quelques pas du Panthéon où le nom de leur maitre Raymond Burgard (décapité à la forteressede Cologne en juin 1944) a été gravé…

 

Maintenant que les idéaux de la résistance sont désavoués

 

O Morts, qui avez « suivi le chemin de l’Honneur », qui pourrait vous oublier ?


Au seuil de ce Lycée Buffon, haut lieu de la Résistance, où votre souvenir demeure, nous irons nous recueillir.


Unis et fervents, en présence de vos familles, nous vous honorerons…


…A l’heure où les idéaux de la Résistance sont désavoués, et où les criminels de guerre nazis se voient libérés et réhabilités, tandis que les mensonges de l’Europe fasciste d’il y a 20 ans sont à nouveau et officiellement proclamés, notre plus grand désir dne sra-t-il pas de vous demander pardon…

 

Alcide MOREL,

Membre fondateur de l’Unité Combattante « Valmy », Membre du Comité Local de Libération, Président du Comité du XVème  Arrondissement de l’Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance.

 

 ---------------------------------------------------

 

Lettres écrites par cinq Élèves du Lycée Buffon fusillés par les Allemands

 


Lettre de Jean Arthus

Paris, le 8 février 1943,

Mon Grand Chéri,

Je ne sais si tu t'attendais à me revoir, je m'y attendais.
On nous a appris ce matin que c'était fini, alors, adieu ! Je sais que c'est un coup très rude pour toi, mais j'espère que tu es assez fort et que tu sauras continuer à vivre en gardant confiance en l'avenir.
Travaille, fais cela pour moi, continue les livres que tu voulais écrire, pense que je meurs en Français pour ma Patrie.
Je t'embrasse bien.

Adieu, mon grand Chéri,

Jean Arthus


Lettre de Jacques Baudry

Mes Pauvres Parents chéris,

On va m'arracher cette vie que vous m'avez donnée et à laquelle je tenais tant. C'est infiniment dur pour moi et pour vous. J'ai eu la chance de savoir, avant de mourir, que vous étiez courageux. Restez-le, surtout ma petite maman que j'embrasse de tout mon pauvre cœur.
Mes pauvres chéris, j'ai accepté le combat, vous le savez. Je serai courageux jusqu'au bout. La guerre sera bientôt finie. Vous serez quand même heureux dans la paix, un peu grâce à moi. Je veux retourner à Dieu à côté de pépère et mémère. J'aurais voulu vivre encore pour vous aimer beaucoup. Hélas ! Je ne peux pas, la surprise est amère !
J'ai eu les journaux. Nous mourons en pleine victoire. Exécution ce matin à onze heures. Je penserai à vous, à Nicole. Hélas ! mes beaux projets d'avenir ! Qu'elle ne m'oublie pas non plus, ni mes parents !
Mais surtout, que la vie continue pour elle, qu'elle profite de sa jeunesse.


Jacques Baudry



Lettre de Pierre Benoit

Paris, le 8 février 1943,

mes Chers Parents, Chers amis,

C'est la fin !... On vient de nous chercher pour la fusillade. Tant pis. Mourir en pleine victoire, c'est un peu vexant, mais qu'importe !... Le rêve des hommes fait événement…
Nano, souviens-toi de ton frangin. Jusqu'au bout, il a été propre et courageux, et devant la mort même, je ne tremble pas.
Adieu, petite Maman chérie, pardonne-moi tous les tracas que je t'ai faits. J'ai lutté pour une vie meilleure ; peut-être un jour, tu me comprendras !
Adieu, mon vieux Papa. Je te remercie d'avoir été chic avec moi. Garde un bon souvenir de ton fils.
Tototte, Toto, adieu, je vous aimais comme mes propres parents.
Nano, sois un bon fils, tu es le seul fils qui leur reste, ne fais pas d'imprudence.
Adieu tous ceux que j'ai aimés, tous ceux qui m'aimaient, ceux de Nantua et les autres.
La vie sera belle. Nous partons en chantant. Courage. Ce n'est pas si terrible après six mois de prison.
Mes derniers baisers à vous tous.


Pierre Benoit.


Lettre de Pierre Grelot

Paris, le 8 février 1943

Maman chérie, Papa et Jacques chéris,

Tout est fini, maintenant. Je vais être fusillé ce matin à onze heures. Pauvres parents chéris, sachez que ma dernière pensée sera pour vous, je saurai mourir en Français.
Pendant ces longs mois, j'ai beaucoup pensé à vous et j'aurais voulu plus tard vous donner tout le bonheur que votre affection pour moi méritait en retour. J'ai rêvé tant de choses pour vous rendre heureux après la tourmente. Mais, hélas ! mes rêves resteront ce qu'ils sont.
Je vous embrasse beaucoup, beaucoup. La joie de vous revoir m'est à jamais interdite. Vous aurez de mes nouvelles plus tard.
Je vous embrasse encore et toujours, mes parents chéris. Gardez toujours dans votre cœur mon souvenir…
Adieu, Maman, Papa, Jacques Chéris, adieu…

Pierre Grelot


Lettre de Lucien Legros.

Paris, le 8 février 1943.

Mes Parents Chéris, mon Frère Chéri,

Je vais être fusillé à onze heures avec mes camarades. Nous allons mourir le sourire aux lèvres, car c'est pour le plus bel idéal. J'ai le sentiment, à cette heure, d'avoir vécu une vie complète.
Vous m'avez fait une jeunesse dorée : je meurs pour la France, donc, je ne regrette rien. Je vous conjure de vivre pour les enfants de Jean. Reconstruisez une belle famille...
Jeudi, j'ai reçu votre splendide colis ; j'ai mangé comme un roi. Pendant ces quatre mois, j'ai longuement médité ; mon examen de conscience est positif, je suis en tous points satisfait.
Bonjour à tous les amis et à tous les parents.
Je vous serre une dernière fois sur mon cœur.

Lucien Legros. 

Partager cet article

Repost0

Commenter cet article