A propos d'une enquête sur les monuments de Paris et de Beaugrenelle.

24 Avril 2009 , Rédigé par PCF - Section Paris 15ème Publié dans #BEAUGRENELLE

Beaugrenelle : un monument de Paris à détruire? Non, un quartier résidentiel à préserver !

 

Un journal national a organisé une enquête à l’occasion de l’exposition : « Le grand Pari(s) de l’agglomération parisienne » qui se tiendra à partir du 30 avril à la Cité de l’architecture. La question posée était : « dans votre Paris idéal, quel monument souhaiteriez-vous voir disparaître ? ». Une liste de monuments construits dans les 50 dernières années était soumise aux sondés.

 

Les réponses ne sont dans l’ensemble pas étonnantes. Elles correspondent à des idées largement répandues, sinon largement diffusées. Elles m’inspirent trois réflexions :

 

1-     Certaines réalisations de l’architecture du 20ème choquent encore par leurs formes extérieures audacieuses, comme le Centre Pompidou (Beaubourg), troisième « monument » rejeté par les sondés. Il faudra encore attendre un peu pour que le jugement se fasse, en bien ou en mal, sur d’autres critères. La pyramide du Louvre ou de la Tour Eiffel constituent des précédents d’évolution radicale de l’opinion dominante.

2-     Les tours, dans Paris intra-muros, sont très largement rejetées. La Tour Montparnasse (XVème) arrive en tête des « monuments » mal aimés. Le débat a eu lieu et continue. Les arguments contradictoires sont largement développés dans l’opinion. Les immeubles de bureaux de grande hauteur, surtout isolés, sont de plus en plus considérés comme une aberration urbanistique et environnementale, mal vécue par les riverains et les salariés qui y travaillent. Telle était aussi l’opinion de Bertrand Delanoë qui allait jusqu’à souhaiter la destruction de la Tour Montparnasse. Le voilà maintenant qui impose un projet de tour encore plus haute à la Porte de Versailles (XVème), la tour Triangle. Mais, parait-il, cet immeuble de 220 mètres de haut, destiné à héberger des bureaux de prestige, un complexe de conférence et un hôtel de luxe, ne fera pas d’ombre. Il y a un personnage comme ça qui avait perdu son ombre dans la littérature fantastique…

Les partisans de M. Delanoë ne manqueront pas de dire qu’il n’y que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Les politiciens aussi ! Surtout lorsqu’il s’agit de satisfaire les demandes d’un groupe immobilier comme Unibail-Rodamco, champion du CAC 40 pour l’utilisation des paradis fiscaux.

3-     Que vient faire Beaugrenelle (XVème) dans les réponses proposées par les sondeurs ? Le quartier figure au deuxième rang des « monuments » décriés. Ce n’est pourtant pas un monument mais un quartier d’habitation et d’activités ! La réalisation d’urbanisme, inachevée, des années 60 et 70 a une mauvaise image, nous le savons. D’autant plus mauvaise que l’on en habite loin et que l’on n’en apprécie que l’esthétique. Toutes les enquêtes montrent que les habitants des immeubles de Beaugrenelle, HLM ou non, trouvent qu’il y fait bon vivre.

Une vaste campagne de dénigrement de Beaugrenelle a été orchestrée depuis des années pour justifier un immense projet immobilier spéculatif sur des terrains publics municipaux autour d’un nouveau centre commercial qui ajoute béton au béton. Le bénéficiaire dans ce cas est l’alter ego d’Unibail, le promoteur Gécina, qui défraie en ce moment la chronique économique par ses démêlés avec le promoteur espagnol Metrovacesa. Le projet de Gécina (et du groupe Apsys) soulève l’opposition des riverains et de leurs associations, soucieux de préserver les équilibres, notamment sociaux de leur quartier.

La crise financière et immobilière viendrait-elle mettre du plomb dans les ailes du projet ? A tel point qu’il faudrait reprendre la campagne médiatique de soutien ?

En tout cas, Beaugrenelle n’a rien à faire dans la liste des monuments à faire disparaître ! A moins de vouloir faire disparaître ses habitants de ce quartier en vue dans la concurrence immobilière mondialisée que se livrent les grandes capitales pour attirer les grands groupes capitalistes.

La lutte des riverains continue, notamment pour la préservation des équipements publics. 

 

 

Emmanuel Dang Tran, secrétaire de la section du PCF Paris 15, auteur du livre, les « Paris de Delanoë » (éditions J.C. Gawsewitch – 2005). 

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