Un bout de Mur de Berlin disposé dans le 15ème : non au consensus droite/gauche au service de la vision capitaliste de l’Histoire !

2 Octobre 2009 , Rédigé par PCF - Section Paris 15ème Publié dans #Histoire - Notre mémoire

Un bout du « Mur » dans le 15ème !

Un morceau de Mur de Berlin, en fait un modeste pan de béton, a été « inauguré » en juin dernier à la Porte de Versailles par les hautes autorités municipales de Paris, du 15ème et de la ville de Berlin.

Le Conseil de Paris du 30 septembre 2009 est revenu sur cette manifestation en votant l’acceptation de l’entrée dans le patrimoine parisien de ce bout de béton « taggué » (estimé 60.000 euros).

 

En séance au Conseil de Paris :

 

Nous n’avons pas été surpris d’entendre le maire UMP du 15ème, Philippe Goujon entonner avec emphase et outrance le couplet de la « liberté » retrouvée en 1989, de « l’hideuse barrière », de « l’oppression », du « drame » et même de « l’esclavage » organisés à l’est et en RDA.

 

On a beau les entendre sans cesse, ces paroles scandaliseront toujours ceux qui, comme moi connurent vraiment l’esclavage dans les camps nazis et purent apprécier dans leur chair la solidarité des antifascistes allemands puis celle de l’Etat qu’ils fondèrent, la République démocratique allemande, tandis que la RFA et les Etats-Unis protégeaient et promouvaient nos anciens tortionnaires. Passons !

 

Dans l’exposé des motifs de la délibération, Bertrand Delanoë, absent en séance, est allé jusqu’à parler de « crime contre l’Humanité » : autre amalgame qui me révulse !

Avec un peu plus de retenue, comme en juin Anne Hidalgo, l’adjoint PS, Pierre Schapira a ajouté ses mots à ceux de M. Goujon. Pas de surprise non plus de ce côté-là.

 

Le jeune « Président » du groupe des élus PCF et de « gauche », M. Yann Brossat, que je n’ai pas l’honneur de connaître personnellement malgré mes nombreuses années d’engagement communiste à Paris, a approuvé « bien évidemment » la délibération défendue par l’UMP et du PS et les a suivis sur le thème des « libertés », faisant juste remarquer qu’il fallait y prêter attention partout de la même façon. En juin, Catherine Vieu-Charrier, adjointe PCF au maire de Paris à la mémoire et au monde combattant, que je connais bien mieux inspirée habituellement, était aussi présente officiellement à la cérémonie Porte de Versailles.

 

Communistes du 15ème, nous ne nous coulons pas dans ce consensus là!

 

Ces prises de positions de représentants de notre parti m’obligent, au nom de mes camarades de la section du PCF du 15ème et j’en suis sûr, de bien d’autres, à apporter quelques éléments de réflexion qui rentrent en opposition frontale avec la campagne qui recommence à propos du 20ème anniversaire de la Chute du Mur de Berlin.

 

Une remarque d’abord : je ne vois pas d’abord en quoi la Ville de Paris aurait vocation à commémorer le Mur de Berlin qui ne fait pas partie de son histoire.

 

L’idéologie dominante est celle des vainqueurs. L’effondrement des Etats socialistes à l’est a laissé les forces capitalistes, leurs media et leurs historiens imposer largement leur vision de l’Histoire, en France aussi. S’ils le font avec autant d’insistance aujourd’hui, j’y vois aussi le signe de leur peur devant la crise de leur propre système et l’actualité remontante de l’alternative socialiste.

 

Communistes, nous ne partagerons jamais cette version de l’Histoire parce que nous ne sommes pas de ce camp là.

 

Nous avons soutenu les pays de l’est, non pas aveuglément mais lucidement par rapport à notre engagement. Aujourd’hui, nous assumons, analysons, de manière critique, même très critique ce passé, cette expérience, jalon du combat contre le capitalisme, pour le socialisme et le communisme. Ceux qui s’y refusent, renient ce passé, font un autre choix que celui de continuer le PCF !

 

On ne saurait imputer la responsabilité de la construction du Mur aux seules RDA et URSS.

 

Le Mur de Berlin a été la matérialisation d’un affrontement entre deux systèmes totalement antagoniques.

L’ouest capitaliste utilisait Berlin-ouest, aberration géographique, pour saigner la RDA, ses forces vives et son économie, en y concentrant des richesses refusées à ses propres peuples.

L’édification du Mur de Berlin, mur de protection contre l’ingérence étrangère, a été une condition nécessaire pour permettre l’accélération du développement économique et social de la RDA socialiste. Cela s’est vérifié au bénéfice de tous les Allemands de l’est.

Cette réalité s’est encore vérifiée, 28 ans plus tard, autrement. Depuis 1989, 20% de la population a dû quitter le territoire de l’ex-RDA, dont l’appareil productif, notamment industriel, a été ruiné.

 

Un mur entourant une ville est un symbole terrible. Mais parlons de liberté !

 

Les Allemands de l’est étaient-ils privés de la liberté de circulation ? Non !

Rappelons d’abord que le Mur enserrait Berlin-Ouest et non la RDA.

Les citoyens, les familles, les jeunes est-allemands avaient toutes la possibilité de partir en vacances tous les ans, y compris à l’étranger, principalement dans les autres pays de l’est. Sur ce plan, du droit, de la liberté de partir en vacances, on ne peut que constater que la situation s’est considérablement dégradée. En France, cet été, plus d’un ménage sur deux n’est pas parti. Et combien peuvent se payer à leur guise des vacances à l’étranger ?

 

La RDA : une grande prison ? Comment se fait-il alors qu’une majorité de sa population éprouve pour cette époque une profonde nostalgie si manifeste que les media de RFA ne savent pas comment la relativiser ?

La RDA représentait un autre modèle de société, où l’argent, la concurrence entre les individus ne prédominaient pas, où il n’y avait ni pauvreté, ni exclusion, ni violence dans les ensembles de logements sociaux. Cette réalité passée, insupportable aux capitalistes, ne signifie pas du tout qu’il n’y avait pas de problème en RDA, des problèmes graves et également politiques. Mais, loin d’une prison, cette société offrait sur bien des points des conditions d’émancipation individuelle que n’offre pas la RFA.

 

Les travailleurs de l’ouest ont aussi payé cher la chute du Mur et des pays socialistes. L’affaiblissement puis la disparition des pays socialistes a « libéré » les régimes capitalistes des pays de l’ouest d’un contrepoids politique et d’un contre-modèle social et n’a pas coïncidé par hasard avec le début d’une période de profonde régression des acquis sociaux et démocratiques, services publics, sécurité sociale, droit du travail.

Cela aussi mesurons-le quand on parle de liberté.  

 

Je m’arrête à ces quelques considérations, peu contestables, très lacunaires, mais suffisantes pour montrer l’inacceptable posture historique et morale que se donnent les serviteurs politiques des intérêts capitalistes, dont font partie les élus de Paris.

 

Sur l’expérience des constructions socialistes à l’est, considérées aussi dans toute leur période, bien des questions de fond restent en ouvertes. Elles sont une des préoccupations, un des sujets majeurs de réflexion des communistes que nous sommes. Une question par exemple : comment ces Etats ont-ils pu s’écrouler à un moment où les coups portés par l’adversaire de l’extérieur ne semblaient pas décisifs.

 

Nous ressentons l’obligation de nous poser ces questions pour continuer notre engagement communiste, l’action au service du monde du travail dans la lutte des classes, l’histoire si souvent glorieuse, de notre parti, le PCF.

En aucun cas, nous n’acceptons d’y répondre par le reniement, l’acceptation de l’idéologie dominante.

Fût-ce pour protéger quelques strapontins municipaux !

 

Emile Torner, PCF Paris 15

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