Solidarité avec le peuple grec: compte-rendu de la rencontre publique du 18 mai 2010

25 Mai 2010 , Rédigé par PCF - Section Paris 15ème Publié dans #Actualités - Alternative politique

« Solidarité avec le peuple grec, convergences des luttes en France! »


Compte-rendu de la rencontre publique du 18 mai 2010

 

100518 réunion grèce

Plus de soixante-dix personnes, salariés d’entreprise du 15ème, habitants, militants ont répondu à l'invitation de la section du PCF XVème. Les interventions  à la tribune d'un représentant du Parti Communiste Grec (KKE) et deux dirigeants syndicaux parisiens ont lancé la discussion. Sylvie Bayle, secrétaire CGT des Postaux de Paris, annoncée, a finalement été retenue par la lutte des facteurs du 8ème.

La réunion était inscrite sous le signe de la solidarité avec le peuple grec. L'articulation de cette solidarité avec la construction du mouvement de résistance à la politique du patronat en France s'est imposée comme une évidence.

 

C'était le sens de l'introduction d'Emmanuel Dang Tran, secrétaire de la section du XVème et membre du CN du PCF. La Grèce est laboratoire des plans d'austérité, appliqués dès maintenant en Espagne ou au Portugal et demain en France.

Le mot d'ordre, scandé par les manifestants grecs, « nous ne paierons pas leur crise » s'impose dans toute l'Europe. En Grèce, les armateurs sont largement exonérés d’impôts et de cotisations sociales. En France, après le « paquet fiscal », le gouvernement s’est appliqué, au nom de la crise, à renflouer les banques et la grande industrie, creusant la dette publique. Les exonérations de cotisations patronales atteignent la somme colossale de 32 milliards d’euros par an.

La question de l'UE se pose avec encore plus d’acuité. Sa nature se révèle au grand jour. L'UE prend directement la place du FMI pour imposer aux peuples ces politiques « d'ajustement structurel » qui ont ruiné tant de pays dans le monde. Le mythe d’une hypothétique « Europe sociale » ou « UE des peuples » ne prend plus. L'UE est synonyme de recul démocratique, de négation de la souveraineté des peuples, comme cela transparaît dans le projet de mise sous tutelle de leurs budgets nationaux. C'est aussi l'Euro qu'il faut remettre en cause. Les communistes ne se sont pas trompés dans les années 1990 au moment de Maastricht, puis dans leur combat pour un référendum sur la monnaie unique: l'Euro est fauteur de spéculation, de délocalisations, d'inégalités, d’écrasement des activités économiques en développement, notamment dans les pays de la périphérie. Loin de faire coopérer les peuples, l’UE les met en concurrence et attisent les haines.

Les communistes français envisagent la solidarité comme une coopération des acteurs des luttes nationales contre la même politique et les institutions qui la mettent en œuvre. La solidarité concrète s’exprime notamment dans la remise en cause de la dette grecque, détenue à hauteur de 74 milliards d’euros par les banques françaises que le peuple français vient de renflouer. La bataille pour l’annulation de cette dette rejoint celle, engagée par les communistes, pour la nationalisation des banques.

En Grèce, de très larges luttes se développent contre cette politique, parvenant à dépasser les différences entre travailleurs du public, du privé, étudiants, travailleurs indépendants. Le Parti communiste est à l’avant-garde de la lutte contre cette politique, comme la mouvance syndicale qu’il anime, le PAME. Personne, même les media bourgeois en France ne peut le nier. Ce rôle des partis communistes, du PCF en particulier, est aussi un sujet du débat.

 

Kristos Trakas, représentant du Parti communiste grec (KKE), a apporté une quantité d'informations précieuses aux militants communistes français. En rappelant les menaces directes de répression et d'interdiction pesant sur le KKE, il a tenu à démontrer les racines de la haine que porte la bourgeoisie à cette force au service des travailleurs.

Le système politique grec, totalement discrédité aux yeux du peuple lui-même, fonctionne sur une répartition des rôles dans la mise en place des politiques au service du capital. La droite (ND) après avoir passé la main au PASOK en octobre 2009, en plein milieu de son mandat, joue maintenant le rôle d'opposition factice pour ne pas laisser le terrain au KKE. Les socialistes (PASOK) après s’être fait élire sur des promesses d’augmentations de salaire (sic), appliquent maintenant la purge avec le soutien larvé de l'Intersyndicale (sous le mot d'ordre « Ces mesures sont injustes mais nécessaires »). La Gauche « radicale » (Synapsismos-Syriza-Syn), qui a voté Maastricht, prétend que la sortie de crise viendra de l'UE « sociale », qu’elle oppose au FMI.  L'extrême-droite (LAOS) a été la force d'appoint du PS au Parlement pour faire passer ces mesures.

Aux attaques infondées du PASOK et de la Droite envers le KKE sur son caractère anti-patriotique et anti-constitutionnel, les communistes ripostent. Pour eux, ce n'est pas au peuple de payer la dette et de payer la crise. Les armateurs ne paient presque pas d'impôts, sont exonérés de cotisations, délocalisent leurs sièges, naviguent sous des pavillons étrangers, prêtent aux banques grecques qui prêtent à leur tour à l'Etat grec. Ce sont eux qui pillent la Grèce, c'est là que l'argent se trouve et qu'il faut le prendre. Quant aux leçons de constitutionalisme, la bourgeoisie grecque qui a soutenu une quinzaine de putschs depuis le début du XXème siècle dont la tristement célèbre dictature des Colonels n'a aucune leçon à donner aux communistes.

Et l'Union Européenne? Pas d'illusions sur sa nature: elle est un bloc impérialiste constitué pour casser les droits sociaux des peuples. Proposer des prêts à 1% octroyés par la BCE, c'est préférer les « loups aux hyènes» quand on sait qu'en réalité le FMI propose des prêts à 3,5% et l'UE à 5%! L'UE est une Europe à plusieurs zones, avec un cœur qui prend les décisions, et une ou deux périphéries sans droit à la parole (pays du Sud et de l'Est). Face à cette UE du Capital, le KKE est le seul parti à poser la sortie de l'Euro – ainsi que de l'UE elle-même – comme une nécessité.

Face à une véritable pédagogie de la soumission, qui cherche à faire accepter des sacrifices sans fin au peuple grec, le KKE organise la résistance. Grâce au mouvement syndical qu’il anime, le PAME, le PC grec parvient à mobiliser depuis plusieurs mois des dizaines de milliers de travailleurs dans les rues des villes grecques (100 000 au Champs de Mars, le 15 mai dernier) et à mener la lutte dans chaque entreprise. Voilà pourquoi la bourgeoisie grecque le hait tellement. Le KKE le lui rend bien!

 

Stéphane Chouly, secrétaire de la section CGT RATP-BUS de Point-du-Jour (16ème) et militant communiste, a tenu à saluer la lutte des travailleurs grecs et l’action des camarades et a appelé à l'intensification de la solidarité des communistes avec le peuple grec.

Il a aussi rappelé le caractère plus complexe de la lutte à venir en France. La CGT est le syndicat, avec ses valeurs, son histoire, qui doit animer le combat. Mais sa direction ne le fait pas et poursuit l’abandon de ses positions de classes.  Avec le Front de gauche de Mélenchon, le PCF continue à s’engluer.

La bataille en France pour le rassemblement et la nécessaire convergence des luttes passe par la capacité des militants de base du Parti et du syndicat à se faire entendre, à prendre l’initiative dans leurs structures, à revenir aux fondamentaux de la lutte des classes.

 

Cédric Liechti, secrétaire CGT EDF-GDF Paris, a été frappé par l'analogie entre la question posée au KKE de sa légalité et la criminalisation des activités syndicales en France, rappelant la répression du mouvement des électriciens-gaziers en 2009; mouvement impliquant l'une des plus grosses fédérations de Paris (700 syndiqués) et qui a duré trois mois.

A regret, il fait remarquer que son syndicat (énergie Paris) a dû s'opposer en congrès à certaines positions de sa fédération :

Pôle public de l'Energie? Non, re-nationalisation d'EDF-GDF!

Le rapport de forces n'existe pas? Faux, alors qu'il ne se passe pas un jour sans mouvement (cf la gare Montparnasse paralysée au même moment). Autour de la re-nationalisation et des augmentations de salaire, le mouvement avait pris et permis de recoller avec des camarades parfois désabusés des positions de la Confédération CGT et de celles du Parti.

Pourtant, les attentes envers le Parti sont fortes, l'attente envers un PCF de luttes de classe. Si les vieux camarades gardent rancœur aux dirigeants estampillés PCF qui ont trahi en 1999 en soutenant Jospin après le Sommet européen de Barcelone, ils restent communistes dans l'âme et prêts à reprendre leur carte dans un PCF de classe. Si les jeunes syndicalistes n'ont pas connu le PCF historique et ne se reconnaissent pas dans le PCF actuel, ils sont en attente, ne se retrouvent pas dans les partis gauchistes (NPA, LO, POI) et sont prêts à franchir le pas si une perspective leur est offerte. Aux communistes de saisir cette opportunité, alors qu'un boulevard s'ouvre à eux sur la question de la nationalisation des banques par exemple, ou de la hausse des tarifs du gaz et de l'électricité, avec le projet de loi NOME en cours (faut-il rappeler que depuis la privatisation, la hausse du prix de l'énergie a été de 25%).

 

Interpellée, la salle a répondu et apporté des éléments intéressants.

Face à un ancien salarié de France-Télécom regrettant l'influence néfaste de la télévision et des médias en général, la tribune a répondu unanimement que l'idée de contrecarrer médiatiquement les médias était illusoire, et que la priorité devait être le renforcement du potentiel de mobilisation, l'inversion du rapport de forces réel, la convergence des luttes. Les médias au service de l’idéologie dominante ont été, sont et seront toujours contre la classe ouvrière; seul un changement conséquent dans le rapport de forces peut faire exploser la propagande médiatique.

Un représentant de la JC grecque, tout juste revenu du congrès de son organisation, a mentionné le travail quotidien réalisé par les jeunes communistes grecs auprès des jeunes travailleurs pour trouver une solution collective à des problèmes apparaissant souvent comme individuels (cf le problème des jeunes mères/travailleuses). Les jeunes communistes participent activement aux luttes menées par le KKE et le PAME, tout comme ils ont joué un rôle moteur dans le mouvement étudiant de l'an dernier. Néanmoins, ils tiennent à dissocier le mouvement revendicatif étudiant articulé avec une perspective révolutionnaire d'avec l'action des casseurs, de la violence gratuite et contre-productive, qui ne sert qu'à discréditer le mouvement auprès de la jeunesse et du peuple  grec dans son ensemble.

Complétant ce témoignage direct, un jeune militant communiste du 15ème est revenu sur le sens donné à cette réunion. La situation grecques est riche d’enseignements pour les militants français, notamment pour les communistes:

la nouvelle offensive générale du capital est mise en place par un gouvernement socialiste (comme en Espagne et au Portugal)

l’exemple grec fait à nouveau voler en éclats la prétendue opposition entre un capitalisme financier (mauvais) et un capitalisme industriel (bon)

le caractère anti-populaire de l'UE saute aux yeux des peuples et ce rejet de l’UE du capital est un point d’appui pour le rassemblement populaire

le rôle d'animateur des luttes que peut jouer un Parti communiste resté sur des positions de classe est vérifié.

Le choix du rassemblement populaire plutôt que celui des organisations, celui de privilégier le terrain des luttes à celui des institutions, de faire vivre et de renforcer ses organisations de base paye pour les communistes grecs dans leur combat et est instructif pour nous aussi. Après, à la question « Comment construire la solidarité avec nos camarades Grecs? », les messages de soutien et de solidarité, nécessaires, ne peuvent suffire. Confrontés aux mêmes politiques et au même ennemi de classe, nous devons construire la convergence des luttes, nous réapproprier ce Parti pour en faire de nouveau un outil au service des travailleurs, et pour donner envie aux militants syndicaux en manque de perspectives politiques de le rejoindre. C’est ce que nous faisons dans les entreprises et les quartiers du 15ème.

Après un échange riche mais toujours trop court, la parole est revenue à tribune sur la question de la préparation de la journée d’action du 27 mai. Dans l’état de la mise en cohérence des batailles et de la perspective de convergence, cette journée ne sera pas encore décisive. Le travail des responsables et des militants, notamment avant le 27, sera précisément de créer les conditions d’une mobilisation allant au-delà de journées d'action ponctuelles sur des mots d'ordres éparpillés et confus.

 

Pour Christos Trakas, une des raisons pour lesquelles la Grèce est attaquée en premier, tient à son système de retraite qui accorde le taux plein après 35 annuités de cotisations. Une situation inacceptable pour le patronat de toute l’UE.

Un bon exemple de lutte commune. Un appel à participer à la mobilisation à l’initiative du PCF le 19 mai a conclu la réunion. 

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