PCF : enfin revenir à la revendication du désarmement nucléaire de la France dans une baisse globale de toutes les dépenses d’armement !

28 Août 2018 Publié dans #Impérialisme

Cette année, c’était il y a 73 ans. La commémoration de la tragédie des bombardements  d’Hiroshima et Nagasaki, les 6 et 9 août 1945, donne lieu, pour certains, à une expression annuelle convenue, pour d’autres, à des actes militants pour l’éradication de l’arme atomique et de tous les armements de destruction massive.

Communistes, nous devons être des premiers à l’exiger, en étant conséquents, c’est-à-dire, plutôt que de se contenter de déclarations, de gestes symboliques, qui sont malheureusement largement  des vœux pieux, lutter d’abord dans notre pays, là où nous pouvons directement peser sur le rapport de force.

Et sur un objectif clair: le démantèlement unilatéral de l’arsenal nucléaire de l’impérialisme français, élément de l’alliance impérialiste européenne, l’UE et de l’alliance atlantique, l’OTAN.  C’est la seule revendication cohérente et de portée internationaliste.  Comment prétendre agir pour limiter la prolifération nucléaire si l’on juge légitime l’armement « dissuasif » de l’impérialisme français ?

La participation à des campagnes d’opinion pour l’interdiction juridique des armes atomiques a des limites évidentes. Elles constituent un point d’appui dans notre lutte idéologique. Mais elles laissent une grande place à l’hypocrisie de l’idéologie dominante pour détourner et stériliser les aspirations des peuples. Ainsi, le Comité Nobel, connu pour sa soumission flagorneuse à l’impérialisme  (le prix Nobel de la Paix à Obama avant l’anéantissement de la Libye !) accorde le prix 2017 à la « campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires » : juste quand ça arrange la propagande des Etats-Unis dans leur épreuve de force avec la Corée-du-Nord…

L’allongement de la liste des signataires des traités de non-prolifération et d’interdiction, à des pays qui n’ont ni l’intention, ni la possibilité d’acquérir l’arme atomique, coïncide avec une diffusion plus large que jamais de la bombe ainsi qu’avec le développement de nouvelles technologies, notamment par les 5 puissances détentrices officielles, qui la rendent toujours plus opérationnelle pour des conflits « limités ». C’est ce que dénonce, à nouveau, dans sa dernière déclaration du 6 août 2018, le Conseil mondial de la Paix.

L’abolition juridique de l’arme atomique est une perspective qui ne gêne guère les puissances nucléaires, officielles, officieuses ou en constitution. Encore moins en France quand elle est portée par des organisations qui reconnaissent la légitimité de la bombe française.

Prenons par exemple le discours de Mélenchon. Il n’a pas de mots assez durs pour pourfendre le nucléaire civil destiné à la réponse aux besoins de l’économie et des populations (nous ne rentrons pas dans ce débat ici). Mais il considère : « Bien sûr, la dissuasion nucléaire est au cœur de la doctrine militaire française. Dans le monde tel qu’il est, elle est la garante de l’indépendance du pays et de sa sécurité. Il ne saurait être question de désarmer unilatéralement, ce qui obligerait de facto la France à se placer sous le parapluie nucléaire d’une autre puissance 1».

L’indépendance nationale grâce à l’arme atomique ? En quoi l’Allemagne, l’Australie ou la Suède sont-ils moins indépendants que la France, plus dépendants de l’impérialisme US que la France? En rien. Rappelons que Mélenchon fut porte-parole du PS au Sénat pour défendre le traité de Maastricht qui portait une large perte d’indépendance, y compris en politique extérieure.

Un autre discours est inacceptable, insupportable : celui qui pose que la France, voire l’UE porterait historiquement, génétiquement les valeurs de la démocratie et des Droits de l’Homme et auraient comme mission de les propager dans le monde. L’arme nucléaire française, n’est pas l’instrument du peuple français, mais de l’Etat impérialiste français, qui se montre en pointe quand il s’agit de déstabiliser et de détruire la Libye ou la Syrie. L’impérialisme français est déjà engagé dans le processus de mise à disposition de l’impérialisme européen de ses bombes atomiques qui deviendraient des « eurobombes ».  La bombe française n’a, par ailleurs, jamais cessé d’être le supplétif du camp impérialiste occidental, dans l’Alliance atlantique et l’OTAN.

Une bombe porteuse des Droits de l‘Homme, ça n’existe pas ! La force nucléaire, dans les mains de la France et de l’UE, comme gage de paix voire même comme moyen et condition d’un désarmement mondial : c’est de la propagande primaire. Chaque pays le proclame pareillement : ma bombe est conçue pour la paix, comme mes autres armes de destructions massives. Effectivement, lorsqu’elle explose au milieu d’une population, elle engendre la paix… des cimetières!

Imaginer le désarmement nucléaire mondial par un accord supranational, globalisé, entre puissances relève de d’ l’utopie, de l’illusion et de la tromperie. La lutte internationaliste contre l’impérialisme, le militarisme, le chauvinisme ne peut être menée que par les peuples eux-mêmes et les classes ouvrières nationales, à l’échelon où ils peuvent peser, sur la base de leurs intérêts opposés à ceux de leur propre impérialisme. C’est ce que nous enseignent l’exemple des origines de la première guerre mondiale et les analyses de Lénine, contre les Unions sacrées. Elles font partie des fondements de la création de notre parti, le PCF.

Sans atteindre le chauvinisme de Mélenchon, la direction du PCF appelle « la France à s’investir sur la scène internationale en impulsant une nouvelle politique de politique étrangère et de sécurité au service de la paix, du désarmement et du développement durable » [La France de Macron, après celles de Fabius et de Sarkozy ?] et en reste à « appeler la France à renoncer à la modernisation de son arsenal nucléaire » 2.

Si, communistes, nous avons milité contre la reprise des essais nucléaires sous Chirac en 1995, puis contre leur poursuite en laboratoire, ce n’est pas pour garder un arsenal ruineux mais que les militaires présenteraient comme obsolète à la population. C’est bien pour en finir avec l’arme atomique française !

Un temps – la proposition revient encore – certains avançaient l’idée d’une diminution de l’arsenal français en proportion de la diminution du nombre d’ogives fixée par les accords entre les Etats-Unis et la Russie. Cette option minimaliste a fini de perdre tout sens : non seulement la capacité nucléaire de ces puissances permet de détruire mille fois et plus la planète mais on ne compte plus en nombre d’ogives mais en « qualité » technique des nouvelles armes nucléaires adaptées à des fins tactiques.

La direction du PCF, depuis la « Mutation » des années 90 jusqu’à aujourd’hui, a remis en cause tous les fondamentaux théoriques de notre parti marxiste et léniniste. En revanche, elle a maintenu et aggravé les dérives opportunistes des années 70 correspondant à la funeste « Union de la gauche ».

Le PCF, avec le Mouvement de la Paix et le Conseil mondial de la paix, entre autres, s’était opposé totalement, massivement (Appel de Stockholm) à l’arme nucléaire. Puis nous avons combattu fermement la force de frappe française. Nous considérions à raison qu’elle ne pouvait qu’aggraver les risques de guerre atomique et qu’elle ne pouvait être, derrière le soubresaut nationaliste de l’impérialisme français, qu’un satellite, saignant le peuple, du bloc impérialiste dominé par les Etats-Unis et dirigé, de toute évidence, contre les pays socialistes.

Le retournement de position dans les années 70, jusqu’à la conversion à la dissuasion décidée avec le Rapport Kanapa (Comité central – 1977) – un virage à 180 degrés – a soulevé une grande incompréhension et des protestations dans la base du Parti. Au nom de s’adapter à un fait accompli, la direction du Parti cherchait à lever un obstacle, à se rendre compatible avec une participation à un gouvernement avec le PS (dans la foulée du programme commun, même alors rompu). A l’époque, notre Parti rayonnait dans tout le pays et obtenait plus de 20% des voix et on pouvait se persuader qu’il pourrait peser sur un gouvernement. Aujourd’hui, il est quasiment rayé de la carte, avec 1 à 2% des voix, mais sa direction ne rompt pas avec l’acceptation de la dissuasion française. La quête de notabilité et de postes électifs serait-il ce qui est resté du Parti des années 70…

Des débats stratégiques ont lieu sur la répartition, dans chaque arsenal, entre les différents types d’armements, notamment de destruction massive, ainsi que, dans les alliances, sur la répartition des spécialités armées entre les pays. En France, des porte-parole de certains lobbys, comme l’ancien ministre PS de la guerre, Paul Quilès, s’affichent pour une limitation des dépenses consacrées au nucléaire militaire et, en contrepartie, par une augmentation des budgets consacrés aux autres armements, aux opérations d’ingérence dans le monde.

Cela n’a, bien sûr, rien à voir avec la rupture avec le nucléaire militaire pour laquelle nous militons.

En visite au port militaire de Toulon, en février 2018, en tant que membre de la Commission de la défense de l’Assemblée, André Chassaigne a déclaré à la presse (Var Matin 3), très proche de l’état d’esprit de Quilès : « Il y a un choix à faire. Faut-il maintenir dans notre pays une force de dissuasion nucléaire qui consomme 10% du budget de la Défense et qui doit représenter un quart du budget de l’équipement. Le fait que la France s’accroche à la dissuasion nucléaire participe à la course aux armements au niveau mondial. J’aimerais que la France rejoigne les 122 pays qui au sein de l’ONU, ont signé pour le désarmement nucléaire. Il y a une partie importante du budget qu’on pourrait alors utiliser pour mettre à niveau notre armement conventionnel. Je ne suis pas opposé à ce qu’on augmente le budget de la Défense  [souligné par nous]. Mais si c’est pour le consacrer au nucléaire, on ne règlera pas les problèmes de l’armée française ».

Serait-ce le nouveau politiquement correct à « gauche » en matière de défense (voir aussi les interventions des députés FI dans le débat sur la loi de programmation militaire)? D’un côté, on conteste la force de dissuasion nucléaire mais sans demander son démantèlement, de l’autre, couvert par cette critique, pour la forme, du nucléaire, on accepte et justifie les nouvelles dépenses militaires qui renforcent la force d’agression de l’armée française dans le cadre des alliances impérialistes.

La Cour des comptes, avec des motivations qui n’ont à rien à voir avec celles des pacifistes, a dévoilé (4) que les dépenses militaires de la France dépassent déjà nettement les 2% du PIB. Car il faut notamment ajouter au budget du ministère des Armées (nouvelle dénomination significative du ministère de la défense), les sommes consacrées aux opérations extérieures qui sont prélevées sur tous les budgets civils. Le gouvernement Macron-Philippe a fait adopter une augmentation de 1,7 milliard d’euros par an des dépenses militaires d’ici 2022, c’est-à-dire l’équivalent de 34.000 emplois qualifiés dans les EHPAD !

Peu importe que les 2% soient présentés comme un diktat inadmissible des Etats-Unis et de l’OTAN par certains qui acceptent 2,2% s’ils sont déguisés en un effort volontaire louable de l’UE ou de la France « pour la sécurité ».

 Communistes, nous devons être clairs, fidèles à notre combat essentiel contre la guerre capitaliste - « pas un sou, pas un homme pour la guerre impérialiste » -, à notre engagement contre l’arme nucléaire et les armements de destruction massive.

Avant le 100ème anniversaire de la fin de la première guerre mondiale, appelons, à côté de la sortie de l’OTAN et de toute défense intégrée de l’UE, au démantèlement de l’arme atomique française, à la baisse des dépenses militaires, au retour au pays de tous les soldats déployés hors de France !

 

NOTES :

1-      Question écrite du député Mélenchon au ministre de l’Europe, 31 octobre 2017

2-      Déclaration de la direction du PCF à l’occasion du 72ème anniversaire d’Hiroshima, en 2017.

3-      Var-Matin, édition du 10 février 2018, repris sur le compte Twitter d’André Chassaigne

4-      Référé de la Cour des comptes sur la loi de programmation militaire, cité par les Echos du 24 novembre 2017.

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